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Pierre Maugard

Gérant de scierie

Lieu d’activité : Quillan

Thématique : Filière bois, Économie

Originaire de Belcaire, sur le Plateau de Sault, j’ai repris l’activité de la scierie de mon grand-père. À l’époque chaque village avait sa scierie ; il fallait être près de la ressource, pour faciliter l’acheminement jusqu’aux scieries. De plus, un bûcheron faisait 5-6 m³ par jour ; avec les outils d’aujourd’hui le même homme fait 40 m³, de même pour un débardeur. Forcément cela emploie moins de monde.

Aujourd’hui avec les évolutions techniques, plus besoin d’être à proximité de la ressource.
Une fois qu’un camion est chargé, le transport a une incidence minime sur le coût global du bois. Les scieries de montagne, les petites unités de la région ont fermé petit à petit.

Il y a quinze ans, j’ai fait le choix de m’installer dans la Haute-Vallée, à la sortie de Quillan, pour permettre à notre activité de perdurer ; nous sommes dans les derniers installés dans la Haute-Vallée. Mes enfants vont reprendre, cela fera 100 ans que notre famille est dans ce secteur.

Les bois produits ici sont des essences de résineux, le sapin, le Douglas, le cèdre ; nous les transformons pour la construction de charpente, le bois d’ossature.

En milieu rural, si on a l’opportunité d’exercer une activité et le goût de rester au pays, on y reste… Je n’ai eu aucune obligation de reprendre cette exploitation, j’ai eu l’envie de poursuivre, c’est un métier que j’ai choisi. Pour beaucoup le choix de partir ou de se reconvertir était inévitable ; le départ des usines comme Formica, Myrys, la Chausséria, Gleizes, Olma (fabricant de meubles en bois), a mis à mal la Haute-vallée qui a été le poumon économique du département.

Aller en forêt pour visiter une coupe, passer sur des sentiers que personne n’emprunte, c’est l’occasion parfois de rencontres inattendues, un chevreuil, une biche… se retrouver posté en haut d’une crête et avoir une vue qui s’ouvre à 360°, ce sont des moments indescriptibles qui sortent de l’ordinaire.

Les vendeurs, propriétaires des forêts, entretiennent leur domaine et proposent du bois sur pied. Nous travaillons avec des équipes en sous-traitance pour la coupe, le débardage et le transport jusqu’au site de transformation. Nous, acheteur, sommes responsables de la coupe. Dans notre région, les ventes ONF représentent environ 80 % de nos achats, les lots communaux sont à la vente aux enchères sur deux périodes de l’année, en juin et octobre.

Nous sommes à la jonction d’une petite et moyenne entreprise, nous travaillons à 6 personnes. Nous ne cherchons pas à grossir en volume, nous investissons en nous équipant au niveau technique pour répondre et nous adapter à la demande ainsi qu’à la législation. Nous avançons à vue sur des commandes à 15 jours, nous n’avons pas de carnet de commande à l’année… Cependant nous ne souhaitons pas travailler avec de gros revendeurs sinon on est mort : nos clients sont des indépendants, des privés de proximité, des maçons, des charpentiers.

Le bois est un matériau sur un marché non réglementé. On dépend du marché mondial, des règles de l’offre et de la demande qui peuvent faire chuter les prix à tout moment. Beaucoup de bois produit ici part dans le Centre de la France, à l’étranger, en Allemagne, en Chine pour y être transformé.

Certaines entreprises qui travaillent le bois l’achètent en Pologne, en Estonie car il est moins cher. Comment faire pour que notre ressource soit valorisée ici ? De la même manière, pour les approvisionnements des cantines scolaires, les produits devraient être achetés en circuit court.
On nous annonce un projet de ferroutage du bois dans la vallée de l’Agly, Saint-Martin, Rivesaltes. Mais pourquoi pas aussi travailler à développer des industries sur le territoire pour ne pas délocaliser cette matière première.
Est-ce que le PNR pourra imposer et soutenir ce type de démarche ?

Pour l’acheteur, il y a de plus en plus de contraintes liées à des règles environnementales franco-françaises. Dans certaines zones, l’exploitation devient très compliquée à cause de ces réglementations. À l’échelle d’une entreprise comme la nôtre, si les réglementations, les règles du jeu changent sans arrêt, cela a des répercutions fortes sur nos prévisionnels, sur notre activité.

En terme d’aménagement du territoire, le désenclavement de la vallée au niveau des axes routiers n’est pas une réussite, les améliorations qui auraient dû être faites ne l’ont pas été. Aujourd’hui pour aller à Carcassonne, il faut une heure, voire plus…

Lors de nos repérages, nous constatons une évolution flagrante du réchauffement climatique, les sapins sont très touchés, les feuillus ont plus de possibilités de protection, ils se mettent en veille. Mais le sapin, trois mois de sécheresse et c’est mort. Notre activité est basée sur un travail sur plusieurs décennies.
Un arbre pour qu’il soit exploité doit avoir 80, 100 ans ; cela demande d’anticiper et de travailler à la gestion de ce patrimoine.

Aujourd’hui, nous n’avons pas d’inventaire de la ressource forestière, de nos ressources communales, domaniales et privées. De même pour le maraîchage et l’élevage, il faut pouvoir avoir une vue claire des possibles. La première étape à réaliser est de faire cet inventaire pour pouvoir se projeter.

Je suis confiant en l’avenir, mais il ne faut pas se tromper. Il faut être vigilant face aux enjeux politiques, aux enjeux personnels, aux avis et idées qui sont complètement déconnectées du terrain et sans concertation avec les gens concernés. C’est difficile pour nous d’être sur tous les fronts, c’est aux politiques de venir à nous et de réfléchir avec une connaissance plus experte de ces sujets.