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Olivier Tardy

Gérant et technicien de la coopérative
Les Jardins de la Haute-Vallée

Lieu d’activité : Couiza

Thématique : Agriculture

Cela fait 20 ans que l’on est arrivé avec ma compagne sur le territoire. Et nous n’en sommes pas parti... c’est bien que quelque chose nous accroche... et ce n’est certainement pas que le boulot. Nous avons trouvé ici les valeurs de cadre de vie, de paysage, de richesse humaine auprès des gens qui habitent la vallée... On n’a pas eu le temps de s’ennuyer.

En terme de paysage ce qui est agréable ici, c’est la diversité, on y trouve de la falaise, de la colline, des calcaires, des massifs cristallins, des couleurs multiples et changeantes, on passe d’un paysage à un autre sur quelques kilomètres.
Quand je prends la route pour traverser les Corbières, la plus belle rencontre, c’est le paysage... c’est la force du paysage qui s’impose naturellement. Voir un couple de Circaètes voler au-dessus de tout ça, c’est pas mal aussi !

Nous sommes sur un territoire hyper préservé, il faut cependant rester vigilant. En 20 ans, il me semble qu’il n’y a pas eu de gros changements en terme d’aménagement, mis à par les créations des lotissements qui grignotent les bords de villages.
La question conflictuelle du moment, c’est l’implantation d’éoliennes. J’y suis plutôt favorable, mais en implanter partout n’est sûrement pas la solution.

Ce territoire permet la prise de conscience et l’ouverture, ici des choix alternatifs peuvent grandir. En matière d’habitat, avec ma compagne on s’est engagé dans la construction en bottes de paille, alors qu’on était loin d’imaginer au départ que l’on s’orienterait vers ce type de construction ! Tous les modèles sont présents ici. Si on s’intéresse à l’écologie, y’a des exemples, et il y a des gens de bons conseils... Aujourd’hui pour nous, ces choix, même à l’échelle d’une goutte d’eau, nous semblent nécessaires pour l’humanité.

Les Jardins de la Haute-Vallée, c’est un atelier collectif d’environ 200 agriculteurs adhérents et coopérateurs. Nous sommes trois salariés à temps partiel qui accompagnons les adhérents dans leur projet de transformation. Ils viennent le matin avec de la matière première végétale, ils vont la transformer dans la journée et repartir avec des produits pasteurisés : jus, confitures, conserves. Ici, on a tous des profils d’agriculteurs, les bio et les conventionnels, installés pour certains sur des grosses et moyennes exploitations, autour d’une production unique comme les arboriculteurs, ou bien en polyculture-élevage avec quelques pommiers anciens datant des grands-parents, ou d’autres qui transforment la châtaigne ou les plantes sauvages.
Les outils collectifs permettent d’aider ceux qui s’installent, de limiter les investissements, de trouver du soutien... c’est une aide précieuse.

Sur l’idée même de Parc, j’y suis assez favorable. C’est drôle de penser que l’on sera à la jonction de ceux de la Narbonnaise et des Pyrénées catalanes, et que peut-être au fil du temps il y aura des Parcs naturels partout.
Venant d’une région labellisée Parc naturel, je pense que cela pourra être une structure de gestion intéressante.

Je suis plutôt axé sur le volet agricole et je pense que le Parc aurait un rôle intéressant à jouer dans ce territoire agricole difficile, en soutien à l’installation, en participant à l’ouverture des milieux.

Il faut qu’il y ait des agriculteurs sur chaque village. Il faut faire confiance aux jeunes qui arrivent avec des projets atypiques, parfois un peu fous.
Le Parc devra être garant d’une identité multiple et créative.

Ici, à Couiza, nous sommes un peu sur la marge, en lisière du Parc, mais ce Parc pourra avoir, sans doute, un rôle intéressant pour rassembler les gens, créer des points de jonction sur un territoire où les distances sont longues, les routes pas toujours faciles.

La Haute-Vallée est un territoire riche en tissu associatif, c’est vital pour générer la rencontre et créer du lien.
Il faut veiller à ce que cette dynamique culturelle ne s’essouffle pas. Aujourd’hui les associations culturelles souffrent de la baisse de soutien des pouvoirs publics. Personnellement je suis responsable de l’école de musique de Couiza-Espéraza, L’accroche notes ; la multitude des entités, les perturbations administratives, le nouveau découpage des communautés de communes... tout cela demande sans arrêt de s’adapter, et nous met à mal.

Une nouvelle entité arrive, voyons la — pourquoi pas ? — comme un outil de développement au service de projets fédérateurs culturels.

Dans 15 ans, j’imagine ce nouveau territoire vivant. Je fais confiance aux gens pour en faire ce qu’ils veulent... à condition qu’il y ait du monde...
Il faut attirer les gens, être inventif pour que ce territoire soit moteur d’accueil de population, créer de l’activité bienveillante, des écoles, des lieux de connexion.