Accueil > les acteurs / des portraits citoyens

Lydie et Frank Poirier

Éleveurs de chevaux - Producteurs d’olives et mouliniers

Lieu d’activité : Albières

Thématique : Agriculture, Élevage

Nous sommes arrivés à Albières en 1998, à la recherche de grands espaces, d’un endroit préservé. Nous cherchions un compromis entre le milieu montagnard et méditerranéen ; un endroit où l’élevage de chevaux était possible mais aussi où les oliviers pouvaient pousser. Il n’y avait pas trente-six endroits pour concilier les deux. Nous avons acheté ici et nous avons ramené du Canada où nous vivions, trois juments gestantes et leurs trois poulains de 6 mois en Boeing 747 cargo.

Lorsque que nous avons acheté, le terrain était très appauvri, en pente… un endroit fermé par les bois, c’était une ancienne bergerie.
Aujourd’hui on est installé sur 36 hectares que l’on possède et 80 hectares que nous louons.
La commune nous a soutenus et nous a aidés à trouver des terres. À Albières, tous les agriculteurs sont installés en bio. Nous élevons nos chevaux, les Quarter horse et le Paint horse, sur des grands espaces ; c’est plus adapté à leur mode de vie, bouger, avoir une alimentation variée. Nous produisons notre foin pour les périodes hivernales. Élever en extensif produit des chevaux rustiques et équilibrés, bien dans leurs sabots ! Nous éduquons nos poulains en suivant des méthodes issues de l’équitation étiologique : éducation des poulains très jeune puis débourrage. Nous les vendons en proximité et en France.

Au fil des années, nous avons terrassé et planté 1500 oliviers en bio, puis ouvert le moulin en 2009. Nous produisons de l’huile vierge que nous transformons pressée à froid avec des meules anciennes et décantée de manière naturelle ; nous avons redécouvert une méthode médiévale de désamérisation de l’olive verte à la cendre de chêne, sans utiliser de soude caustique. Nous produisons ainsi des olives de table. La vente se fait dans les magasins bio de la région et chez les particuliers vivant à proximité. La cueillette se fait à l’automne, à la main…

La création de cette oliveraie a permis la réouverture des milieux, le pâturage des chevaux entretient des endroits non-mécanisables.

Ici la végétation reprend sa place très rapidement. On constate autour de nous que les espaces se referment. Pâturage et gyrobroyage… il ne faut pas lâcher…
Au niveau des nuisances ou des contraintes liées à notre environnement, nous devons nous protéger des sangliers sur les parcelles de plantation de petits oliviers.

Depuis quelques temps nous avons subit l’arrivée de rave party qui s’installent en pleine nature sans autorisation. Au-delà des nuisances sonores, on est très inquiets pour des départs de feu.

Ici on est à la jonction de milieux très diversifiés, on passe des forêts de sapins, de hêtres, puis on trouve quelques kilomètres plus loin des essences comme l’arbousier, une végétation méditerranéenne. La beauté du paysage, vivre loin des grands axes, être isolés, c’est un mode de vie qui nous séduit. On apprécie de monter jusqu’aux sommets, jusqu’aux vigies comme celles du Pech de Massac, dominer et apercevoir la mer, les Pyrénées, c’est magnifique. Vers Bouisse, il y a des paysages fabuleux, on pourrait se croire en Écosse.
À cheval, c’est des moments privilégiés pour les rencontres en pleine nature, il nous arrive de croiser des chevreuils, c’est magnifique… Les vautours, les aigles…

Sur ces sites nous sommes inquiets à cause des projets éoliens. À propos de notre territoire, beaucoup pensent, vu de l’extérieur, qu’il n’y a rien à faire… qu’il n’y a que du vent ! Le site photovoltaïque de Mouthoumet est une belle expérience. Si chacun produisait sa consommation d’eau chaude, on ferait des économies d’énergie, y’a du vent ici, mais il y a aussi du soleil !

Le tourisme « vert », le tourisme « nature » peut attirer des gens qui cherchent des territoires préservés, ou des zones où se développe l’agriculture bio.

Ici le territoire est peu valorisé pour la randonnée et la balade. Il existe des petites boucles « Les Petites vadrouilles » sur les communes des alentours, mais on ne peut pas randonner le long de sentiers connectés entre eux. De plus, les pistes et sentiers ne sont pas actualisés sur les cartes. La création de sentiers pourrait stimuler la création de gîtes d’étape et l’activité d’accueil le long de ces sentiers.

Un des gros problèmes, c’est le vieillissement de la population. Les services de proximité, de santé sont à maintenir et à soutenir…
On manque d’enfants, les effectifs de l’école chutent d’années en années.
L’installation des jeunes, faire venir des familles, ce sont des sujets importants. La problématique des permis de construire et de l’accès au foncier est à travailler, en gardant en tête l’installation de population. Pourquoi pas la création d’éco-hameaux ?
Nous avons une maison à la location, nous avons fait le choix de louer à l’année pour permettre à une famille de s’installer.

L’installation de professions comme des boulangers, des restaurateurs, serait intéressante, recréer une chaîne cohérente, produire du blé, faire du maraîchage et alimenter la filière de transformation et commerce de proximité.

Le PNR pourrait nous permettre d’être plus connectés entre acteurs du territoire, de créer du lien, d’échanger sur nos pratiques.