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Ludovic Roux

Vigneron, Président de la cave coopérative « Les terroirs du vertige », Vice-président de la fédération Coop de France, en charge des Caves de l’Aude

Lieu d’activité : Talairan

Thématique : Agriculture, Viticulture

J’aime ce territoire, peut-être parce que j’y suis né, je suis attaché à mon pays. J’apprécie la tranquillité, et l’esprit « rural », l’esprit « village », l’esprit de « transmission ». On se côtoie de génération en génération. J’ai repris la suite de mon père qui lui-même avait repris les vignes de son père, une transmission qui remonte à l’époque de Napoléon.

J’aime le côté sauvage, la garrigue, ces espaces où l’on peut se poster « clinqué » en hauteur et ne voir aucune présence humaine sur des centaines de mètres.

Cependant, le territoire se ferme : la végétation, les pins, les garrigues prennent le dessus. À l’époque de nos arrières grands-parents, on recensait plus de 20 éleveurs ovins, aujourd’hui ce n’est plus que la vigne et la garrigue qui font le paysage. Pourquoi ne pas aider les éleveurs à s’installer ? Les périmètres définis correspondant aux aides à l’installation ne sont pas toujours facilitants.

Je travaille la vigne sur 30 hectares et je ne souhaite pas agrandir ; quatre, cinq personnes travaillent avec moi de manière saisonnière, cela équivaut à deux temps plein.
On a la chance d’avoir nos vignes au sein d’espaces sauvages, on peut y croiser tous types d’animaux et de fleurs. Lorsqu’une parcelle part en pointe, j’aime y planter des amandiers, des oliviers. Je suis adhérent à la coopérative Oulibo à Bize Minervois. Aujourd’hui la demande d’amandes augmente, pourquoi pas planter des amandiers.
Notre activité viticole est confrontée à la crise, à la concurrence mondiale, par exemple les critères de labellisation en vin biologique ne sont pas les mêmes au sein des différents pays, cela pose problème. Nous nous démarquons par la qualité et le coté exceptionnel de notre territoire mais le prix de nos vins sont plus élevés, les consommateurs moins nombreux, ce qui peut nous mettre en difficulté. On a perdu énormément de vignerons, des milliers d’arrachage sur Ferrals, le Val de Dagne et les Corbières ; cela a participé à la fermeture des milieux.
Certains vignerons ont changé d’activité agricole, allant vers les céréales, mais cela emploie beaucoup moins de personnes.

Pour garder le territoire vivant et préserver l’activité du coin, il faut encourager l’agriculture et le tourisme.
Le PNR devra nous aider à relancer et à développer ces deux entrées et à se démarquer grâce à l’agro-écologie. Avec des expériences comme Les Vins qui parlent, développées à la Cave de Talairan, on cherche à valoriser le patrimoine, les Châteaux, à créer du lien entre territoire, tourisme et économie.

Il va falloir mettre en place une stratégie autour du photovoltaïque et de l’éolien

On ne peut pas dire que l’on n’en veut pas et en même temps vouloir fermer les centrales nucléaires ; il va falloir enfin avoir une politique claire.
Des projets intéressants sont en chantier, le Parc pourra travailler à réguler mais aussi à prendre en compte les ressources du territoire, comme celle du vent et drainer une nouvelle économie. C’est un sujet clivant et passionnel mais il va falloir trancher au niveau politique.

L’irrigation est aussi un sujet important ; il va falloir trouver des solutions pour créer des retenues d’eau, car sans eau la vigne va disparaître. Il faut réfléchir à des solutions qui n’assèchent pas des eaux non renouvelables. Le parc va devoir prendre ces sujets à bras le corps.

Faire des projets collectifs de façon intelligente pour garantir un bon équilibre entre écologie et activité.

Nous pouvons tous être acteurs de l’environnement, le futur Parc ne devra pas figer les choses. L’idée c’est d’avoir une ambition collective durable, fondée sur l’humain, l’écologie, l’économie, le social. Toutes ces entrées sont à prendre en compte, loin des guerres de clochers et sans stigmatisation.