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Jean-Marie Giorgio et Bernadette Bonafous

Potiers

Lieu d’activité : Rasiguères

Thématique : Artisanat, Tourisme

Nous sommes installés à Rasiguères depuis les années 1978.
J’ai fait les Beaux-arts de Perpignan, je cherchais un endroit pour installer un four de potier. J’ai trouvé ici une opportunité pour louer une maison et mener mon activité avec un copain. Nous avons ensuite avec Bernadette, étudiante aux Beaux-arts aussi, pu acheter une grange et nous installer. Les prix de l’immobilier de l’époque ont fait que cela a été possible pour nous.

Pour notre activité de potier, forcément nous avons besoin du tourisme. Par ici, nous serons bientôt les derniers potiers. L’artisanat d’art, n’est plus une activité en vogue comme elle a pu l’être dans les années 70/80… Il y a quelques années, on faisait les marchés, on vendait sur place ; le tourisme viticole nous a apporté indirectement de la clientèle, et parfois de façon plus modeste nous apportions de la clientèle aux caves du coin - cela me faisait plaisir.

On est très excentré, sur le plan national, on est au bout du bout… pour faire circuler, expédier nos travaux, cela n’est pas toujours évident. Cela a été un handicap. Commercialement, s’installer ici, c’était le plus mauvais choix que l’on pouvait faire ! (rires). Pendant six ans, j’étais à la fois salarié au musée de Bélesta et indépendant avec l’activité de la poterie ; cela a permis de faire connaître notre savoir-faire. Actuellement, nous créons des pièces d’exposition pour les musées archéologiques, pour le British Muséum, mais aussi au Musée d’Alès. Je donne aussi des cours de poterie au Barcarès, à Dieulefit.

Aujourd’hui la vente sur place diminue… On a été obligé de développer une certaine pluriactivité, de diversifier notre activité. Nous avons proposé des stages. Plutôt que d’attendre les touristes, nous faisons venir les gens à nous, les personnes intéressées par les techniques que nous proposons et qui découvrent par la suite le territoire et ses richesses. Des projets d’accueil comme les stages sont adaptés au territoire, les gens sont logés sur les gîtes aux alentours. Ils viennent en petits groupes.
Pour les fixer, leur donner envie de revenir en vacances, l’offre de logement n’est sûrement pas assez développée. Dans le passé, les maisons de vendangeurs servaient aux touristes, l’été ; aujourd’hui ils sont plus exigeants, les normes imposent des critères d’accueil qui demandent des investissements plus importants.

Un des paradoxes de notre vallée, est qu’elle est restée intacte parce qu’elle est restée méconnue. Il faut arriver à la faire découvrir en préservant son authenticité, éviter un tourisme de masse. Si on prend l’exemple des orchidées, si on les montre à tout le monde, il sera difficile de les préserver.

Les labels, c’est un tampon de plus, il ne faut pas que cela soit juste une histoire de packaging, de circuits montés clés en main par des boîtes extérieures, où l’on est vendu comme un produit…

Nous vivons sur un territoire attachant, même s’il fait très chaud l’été et si la Tramontane casse les pieds (rires), et riche par la multitude de ses paysages, la mer, la haute montagne… Des coins comme la Vallée de Saint-Paul, les paysages autours de Bélesta et Cassagnes, le Lac de Caramany, les bords de l’Agly, ces paysages sont restés intacts.

Ici la flore de garrigue est fascinante, elle n’est pas visible tout de suite. Ce sont de toutes petites fleurs, fleurs de salsifis sauvage, orchidées… il y a une multitude d’espèces. On rencontre parfois des animaux étonnants, des salamandres, des genettes.

C’est une région aussi très riche au niveau de la géologie. De nombreux scientifiques, étudiants, universitaires viennent faire des recherches ici. Cela aussi peut devenir une ressource économique en terme d’accueil, en terme de projet qui rayonne sur tout le territoire.

Par ici, le barrage a été la modification qui a eu le plus de conséquences, autant côté infrastructure routière, que côté nature. Le lac devait initialement servir à irriguer les cultures maraîchères du côté de Saint-Laurent de la Salanque, mais une fois le barrage terminé, l’activité culture maraîchère avait disparu et était remplacée par des friches… Il remplit malgré tout son office pour écrêter les crues… ça permet de limiter les dégâts. Rien n’a jamais été développé autour du lac, sauf pour les pêcheurs de carpes. Nous aurions souhaité que cet espace soit un appel d’air, pour drainer plus de passage, en créant par exemple une base de loisirs pour la navigation ou baignade.

Le projet éolien arrive à nous. On veut bien l’argent des éoliennes, mais on préfère les voir chez les autres. C’est épineux ce sujet… l’installation du photovoltaïque demande de très grandes surfaces…
Se pose la question des lieux d’implantation. La consommation électrique devient exponentielle, consommer moins serait aussi une réponse.

On pense toujours en premier lieu à la viticulture comme entrée économique vecteur d’emploi, mais si on regarde de plus près beaucoup de gens travaillent sur d’autres secteurs nécessaires pour qu’un territoire reste vivant : un plombier, une infirmière, un apiculteur, un dessinateur… Si l’accès à internet est performant, cela sera une plus-value pour l’installation de personnes qui peuvent travailler de chez eux. Il y a encore des zones blanches sur certains territoires, c’est un sacré handicap. On nous impose les portables mais si la couverture et les services ne sont pas au rendez-vous, on se retrouve isolé. Pour les personnes âgées, l’usage de l’outil internet est complexe, cela devient problématique pour toutes les démarches administratives. Ces nouvelles installations sont aussi à analyser en regard des questions environnementales et sanitaires.

Le service aux personnes est une activité à soutenir, la création des deux maisons de santé de Saint-Paul et de Latour-de-France est une bonne chose. Il faut en créer de nouvelles et permettre aux gens qui vivent ici de rester chez eux, de ne pas partir dans des maisons de retraite éloignées.

Le Parc pourrait aussi avoir vocation à créer de la cohésion entre les différents acteurs et habitants, casser les frictions entre gens du pays et gens arrivés au pays, entre les gros et les petits.

Tel qu’il est il me plaît, ce territoire… Il me fait de l’effet… mais c’est vrai que l’on espère le voir plus vivant et protégé…

Jean-Marie Giorgio : Je n’ai pas de crainte face au Parc, j’ai juste peur d’un miroir aux alouettes. Cela ne doit pas être juste une pompe à pognon, il ne faudra pas prendre les choses à l’envers, juste en cherchant des idées pour utiliser de l’argent. Il faut que les responsables du Parc soient en contact avec la « vraie » population… et bâtissent avec eux des projets pertinents.