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David Fernandez

Technicien cynégétique à la Fédération des chasseurs de l’Aude.
Gestion de la faune sauvage et de ses habitats associés

Lieu d’activité : Campagne-sur-Aude, Haute-Vallée, Corbières, Pays de Sault

Thématique : Patrimoine, Pêche

Je suis né à Amiens, mes parents sont venus s’installer ici, près de mes grands-parents immigrés espagnols.
Je suis amoureux de ce territoire pour sa richesse environnementale, cette authenticité préservée et la richesse humaine, des gens formidables attachés à leur pays comme ils disent. Cet attachement est parfois à double tranchant, j’entends souvent c’est « ma » rivière... l’idée de propriété pose parfois problème. La rivière appartient à tout le monde, le territoire doit être partagé.

Dans le cadre de mon travail de technicien, je suis associé aux réflexions sur l’aménagement du territoire, et sur les capacités d’accueil pour les espèces animales ; mais aussi par mon action bénévole en tant qu’administrateur au sein de l’association Aude Claire et à la fédération de pêche. Mon centre d’intérêt personnel, c’est les milieux aquatiques.

Je suis ébahi tous les jours par les paysages que je traverse.

Certains trouvent cela bizarre que je sois chasseur et naturaliste… on a tendance à vouloir opposer ces deux entités, alors qu’on a beaucoup de centres d’intérêts communs à défendre. Sur ma voiture j’ai les deux autocollants celui de la Fédération de chasse et celui de Aude Claire, c’est volontaire, pour provoquer un peu… Le problème ce sont les extrêmes, des deux cotés.

Notre problématique actuelle c’est le milieu. La déprise agricole, exemple d’un sujet commun que l’on pourrait aborder ensemble, a déclenché une perte d’identité, des problématiques écologiques, un appauvrissement en biodiversité. Il faut trouver un équilibre entre le tout ouvert ou le tout fermé. La diversité du milieu est la base du bon fonctionnement de celui-ci, il faut des espaces ouverts, des haies, des cours d’eaux, de la forêt…

Ici, on a la chance d’avoir influences climatiques méditerranéennes, océaniques, avec des plaines et montagnes. Cela fait que l’on a une richesse floristique et faunistique très diversifiée ; des grands mammifères, des invertébrés, des grands rapaces, des coléoptères, 93 espèces d’orchidées recensées… À la Fédération de chasse nous effectuons des suivis de la Faune sauvage et plus particulièrement des espèces classées gibier, nous assurons diverses formations… la réglementation est très carrée, n’en déplaise à certain…

Mes plus belles rencontres sont celles que je fais quotidiennement avec nos paysages, même si je crois les connaître par cœur, tous les jours ils se révèlent différents, c’est exaltant… C’est également et surtout les rencontres humaines avec des personnes très attachés à nos territoires et à la qualité de vie que l’on y trouve.

Je suis contre les éoliennes industrielles et je l’assume, on a massacré des paysages magnifiques dans la vallée des Fenouillèdes ou à Roquetaillade. Je ne dis pas qu’il ne faut pas développer les énergies renouvelables, je préférerais que l’on aide les habitants à isoler leur habitation, à développer le photovoltaïque ; on a autre chose à faire sur ce territoire. Je respecte les idées de chacun mais personnellement je suis contre !
La meilleure énergie c’est celle que l’on n’utilise pas, ici à Campagne on fait 18 000 euros d’économie en éteignant l’éclairage public la nuit, cela permet d’investir ailleurs.

Le territoire compte d’innombrables forêts… elles sont gourmandes en eau… La problématique de la gestion de l’eau va être une priorité. Nos cours d’eau sont à des niveaux très bas. En cette année 2017, plusieurs cours d’eau ne coulent plus avec toutes les conséquences désastreuses que nous connaissons que ce soit sur le milieu naturel mais également en terme d’eau potable pour nos populations, nous tirons la sonnette d’alarme régulièrement auprès des services de l’état. La gestion, la préservation et la réhabilitation des Tourbières restituant l’eau l’été, est un axe à travailler.

Un milieu aquatique qui fonctionne bien est capable de gérer les problématiques d’épuration. L’une des problématiques du fleuve Aude et non la moindre se trouve dans la gestion actuelle des barrages EDF, la gestion artificielle du cours d’eau, les lâchers importants créent des perturbations sur le milieu naturel. L’énergie hydraulique n’est pas une énergie « propre ». Ces ouvrages et leur gestion doivent s’adapter à la préservation des milieux par un fonctionnement le plus naturel possible.

Le parc, je le vois comme un outil de communication, de promotion d’un territoire et comme un outil de développement économique à l’échelle humaine.

L’idée de développer et de valoriser des activités touristiques qui ne demandent pas trop de contraintes ou d’infrastructures est à bâtir : organiser des semaines thématiques autour des orchidées, sur le brame du cerf, les activités de chasse et de pêche… des propositions qui donnent envie aux gens de rester sur notre territoire… cela serait aussi moteur pour l’hébergement touristique, le commerce de proximité, les circuits courts. Par exemple, ici nous avons créé des initiatives comme les parcours pêche touristique à la mouche « No Kill » 1.
Il ne faudra pas que ce projet mette le territoire sous cloche, que cela devienne une « réserve d’indiens »… il faut pouvoir vivre sur ce territoire.
En bordure du Parc, on a peur d’être un peu oublié, cela pose la question de la limite, de l’identité, de la coordination du Parc.

Communiquer sur ce que peut apporter un Parc est essentiel, dès à présent ; par secteur, des représentants pourraient présenter le projet en cours et y associer plus les populations locales. Si les gens ne s’approprient pas ce projet, cela ne prendra pas.

Il faut que les habitants se sentent concernés, c’est primordial !


1 : technique qui permet de relâcher des poissons vivants dans de bonnes conditions