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Atuana Boumard

Éleveuse d’ânes, location d’ânes pour balade, pension pour ânes ou chevaux, débroussaillage animal

Lieu d’activité : Prugnanes

Thématique : Agriculture, Élevage, Tourisme

J’habite et je mène mon activité à Prugnanes. Cela fait 9 ans que je développe mon activité ici. J’élève, entre autre, l’âne des Pyrénées qui est une race menacée.
Mes parents se sont installés à Prugnanes, j’ai grandi ici. Je n’avais pas vraiment pensé rester vivre au village, plus jeune j’ai travaillé en saison, fait mes études... Puis avec mon mari venu de Bretagne, on a pris la décision de vivre ici.

On s’est installé comme agriculteurs car nous aimons travailler en extérieur, auprès des animaux, même si ce métier nécessite aussi de passer du temps dans « la paperasse » ; cela prend plus de temps que ce que l’on avait imaginé.
Notre activité principale est la location d’ânes pour la balade et la randonnée. On propose des parcours adaptés, qui vont de la demi-journée à la semaine. Des haltes sont prévues en gîte d’étapes ou en camping avec qui je m’associe.
On met aussi nos ânes à disposition sur différents types de terrain pour du défrichage, mais cela n’est pas encore trop dans les mœurs du pays…

J’aime ma région, la montagne, la mer… pouvoir travailler tout en m’occupant de mes enfants, les voir grandir dans un environnement proche de la nature, c’est une qualité de vie aussi.

En haut de la montagne… la vue, la grandeur, les couleurs, c’est splendide. On profite de paysages extraordinaires, on est les rois du monde et à la fois on se sent tout petit. Bruyère, genévrier, chêne vert, marguerite, genêt à balais, genêt scorpion, coroyère (implantée pour faire des teintures), orchidée, millepertuis, tous ces végétaux façonnent ces paysages.
Les aigles, les faucons, les chevreuils, les chèvres sauvages… c’est magique de les apercevoir. Les sangliers sont très présents aussi, pour le coup ce sont des rencontres moins agréables car ils détruisent tout.

En étant originaire du village, cela a été sans doute plus facile de trouver des terres. Voir d’autres agriculteurs s’installer et exploiter les terres… c’est nécessaire pour que de nouvelles personnes s’installent, mais l’acquisition de terre est un sujet sensible.

Ici avant, c’était une vallée vigneronne, puis cette activité a été mise en veille et du coup, le paysage s’est transformé en moins de 10 ans en « bartas », en friche. Nos ânes participent à la réouverture des milieux, et des paysages, mais tout ça est fragile, si on retire les animaux, cela repart…

La défense incendie c’est un élément essentiel sur notre territoire, nous avons des essences et un climat propices au départ de feu.
Avec notre activité, on participe à la défense incendie au quotidien. Par le passé on avait signé un contrat DFCI avec la Région, j’ai dû arrêter, j’ai eu le sentiment de me retrouver seule face à une tâche qui demande plus de soutien.

Participer au défrichage et à l’entretien des chemins n’est pas si simple, cela implique différents acteurs, les propriétaires, les communes, les chasseurs, le conseil départemental, la communauté de communes… beaucoup d’acteurs y participent mais pas toujours de façon organisée.

Les circuits de sentiers pourraient être mieux valorisés, entretenus, suivis, afin de faciliter l’accès au territoire pour les randonneurs et les visiteurs d’un jour. Il faut trouver la ressource pour qu’il y ait des postes fixes, plus nombreux, afin de participer à la découverte de nos paysages et de la richesse environnementale qui s’y déploie.

Le grand changement que j’ai pu voir ces dernières années, c’est peut-être la départementale 117 qui est devenue l’axe principal, ce qui permet de bouger plus vite ; sur nos territoires c’est important pour ne pas être trop isolé.

Actuellement la population qui arrive est plutôt fragilisée, venant souvent de la ville, et pensant s’en sortir mieux à la campagne. Des familles se retrouvent par ici sans avoir conscience des difficultés, ni les ressources pour y vivre sereinement. J’espère que ce territoire va pouvoir développer des activités économiques nouvelles… que les gens puissent bosser dans le coin, que l’on facilite l’installation des jeunes.
On se sent un peu comme « la vallée oubliée », l’impression que beaucoup d’initiatives sont lancées mais qu’elles n’aboutissent pas vraiment. Cela manque de connexions entre acteurs du territoire. Il faut arrêter de parler, il faut agir.

Côté touristique, il y a un éventail impressionnant de choses à faire ici, mais c’est peu connu, il y a un manque de communication. Le Parc pourrait casser la frontière Aude Pyrénées-Orientales, et permettre de faire du lien entre acteurs et habitants.

Le train rouge, qui circule d’Espira à Axat, est un beau moyen de découvrir les paysages, et fait le lien entre nos territoires, il permet aux gens de passage de découvrir la région. Son parcours met à jour aussi des endroits malmenés, industriels plus proches de la plaine, mais aussi des endroits magiques à partir de Maury.

Les craintes que je pourrais avoir face à la création d’un PNR, c’est que je ne puisse pas mener mon activité comme je le souhaite, que les contraintes soient un frein à mon activité. S’il faut parfois utiliser des antibiotiques… si j’ai besoin de créer un nouveau bâtiment… que cela ne soit pas trop contraignant.
J’aurais besoin d’y voir plus clair sur les contraintes et les avantages, mais en tant qu’éleveur, cela fait peur. Tout le monde a vent de la création du PNR, mais on aurait besoin d’informations plus précises pour se faire un avis.

Le Parc pourrait impulser le travail par groupes thématiques, ce qui permettrait de se connaître mieux, de créer ensemble des outils concrets avec l’aide de personnes compétentes.